ANDRONICOS (M.)


ANDRONICOS (M.)
ANDRONICOS (M.)

ANDRONICOS MANOLIS (1919-1992)

Né à Brousse, de parents natifs des îles de Samos et d’Imbros, Manolis Andronicos connut dans sa petite enfance le déracinement provoqué par les échanges de populations décidés par le traité de Lausanne (1923), qui mit fin à la présence des communautés grecques en Asie Mineure. Établi désormais à Salonique, il fit ses premières armes d’archéologue avec C. Rhomaios (1874-1966), qui menait la fouille d’un palais situé sur un site repéré d’abord par Léon Heuzey en 1855: appelé alors Palatitsa, ce site est connu aujourd’hui sous le nom de Vergina. Après l’occupation de la Grèce par les Allemands, Manolis Andronicos rejoint les forces grecques libres en Palestine. À son retour, il entre en 1946 dans le Service archéologique grec. Il enseigne l’archéologie classique de 1964 à 1983 à l’université de Salonique. Sa retraite de l’enseignement lui permet de se consacrer, jusqu’à sa mort, aux fouilles de Vergina.

Philologue auteur d’une traduction commentée du Philèbe de Platon et d’une thèse sur Platon et l’art; historien d’art qui vient parachever sa formation à Oxford, auprès de J. Beazley, en 1954-1955; critique d’art et de littérature, c’est en tant qu’archéologue actif à Vergina qu’il devait accéder à la célébrité. Après avoir d’abord repris la fouille du palais avec G. Bacalakis, il entreprit l’exploration d’un vaste cimetière du début du Ier millénaire avant J.-C., dont la publication, en 1969, éclaira les rapports du monde grec en formation avec les peuplades habitant alors les Balkans. Cet intérêt pour les pratiques et les croyances funéraires l’avait amené auparavant à écrire sur l’héroïsation une étude importante (Péloponnèsiaca , I, 1956) puis un fascicule consacré au culte des morts (Totenkult , 1968). Enfin Manolis Andronicos s’attela à la fouille, amorcée dès 1952, d’un énorme tumulus formant une véritable colline artificielle. C’est presque en bordure de celui-ci qu’apparurent finalement, en 1977, les tombes que le fouilleur désespérait de trouver: une petite tombe à chambre pillée, mais décorée de peintures murales, et surtout une grande tombe à voûte, la première de ce type qui ne fût pas pillée. L’étude du matériel extraordinaire qu’elle recelait, aujourd’hui exposé au musée de Salonique, confirma bientôt qu’il s’agissait bien de la tombe du roi Philippe II (359-336), qui établit la domination de la Macédoine sur les cités grecques, créant ainsi les conditions de l’expédition contre l’Empire perse que mènera bientôt son fils Alexandre.

Les découvertes qui se sont succédé depuis sur le site — tombes princières intactes ou pillées, mais aussi bâtiments divers — l’ont amplement confirmé: le village de Vergina est établi sur le site de l’antique Aigai, où les rois de Macédoine continuèrent d’être enterrés après le transfert de la capitale à Pella. Toute une page de l’histoire de l’art grec doit donc être revue: c’est à la cour de Philippe II qu’apparaît déjà l’art éclectique qui va caractériser l’époque hellénistique.

Un premier volume de synthèse (Vergina. The Royal Tombs , Athènes, 1984) et une exposition remarquable des principales trouvailles ont permis au monde savant et au grand public d’avoir accès à ces découvertes spectaculaires. L’impulsion décisive qu’il aura donnée à l’archéologie de la Grèce du Nord se mesure à la richesse du panorama annuel qu’en offre L’Œuvre archéologique en Macédoine et en Thrace (Salonique, depuis 1987; en grec).

Encyclopédie Universelle. 2012.